Les tablettes et les kiosques numériques vont-ils finalement sauver la presse ?


La sortie de l’iPad 1 au printemps 2010 avait trouvé un écho très favorable auprès des éditeurs de presse, dont la plupart avait relayé l’information de manière très complaisante optimiste. En bref, cette tablette était dépeinte comme le “sauveur de la presse”, à une période où les stratégies de monétisation des sites d’infos montraient leurs limites. Qu’en est-il aujourd’hui : les tablettes sont-elles le messie qu’attendait la presse ?

Les tablettes : nouveaux joujoux high-tech incontournables
Les early adopters se sont rués sur l’iPad et les autres firmes électroniques ont mis sur le marché (en un temps record) des tablettes concurrentes (en France, Archos est même parvenue à devancer Apple avec la commercialisation de l’Archos 7 sous Android). Depuis, la guerre des tablettes fait rage : batailles autour des brevets entre Apple & Samsung, braderie de la HP TouchPad, etc. Le rythme de diffusion des innovations paraît prometteur : l’institut GfK prévoit 1 million de tablettes vendues en France en 2011 (350 000 ont déjà trouvé preneur au premier semestre).

Il est clair que les tablettes offrent un confort de lecture bien supérieur à celui des smartphones, bien que ces deux supports connaissent un essor notable sur un marché de l’high-tech pourtant essoufflé.

Les kiosques numériques : eldorado pour les éditeurs ?
Dans ce contexte, les kiosques numériques permettent d’évaluer l’incidence de la conversion des utilisateurs aux tablettes sur les ventes de titres de presse. Il y a 3 principaux acteurs en France :

  • Relay : version numérique des kiosques Relay lancée en janvier 2006 par HDSDigital (Lagardère).
  • LeKiosque.fr : lancé en juin 2008, propose un kiosque 3D sur iPad.
  • ePresse : le dernier né en juin 2011, produit du Groupement d’Intérêt Economique (GIE) de huit éditeurs sous la direction de Frédéric Filloux – Les Echos, L’Equipe, Le Figaro, Libé, Le Parisien & L’Express, Le Point, Le Nouvel Obs. Ce projet est né de la contestation, par les éditeurs, de l’hégémonie des firmes US (Apple, Google, etc.) ainsi que des commissions prélevées par les diverses plateformes de ventes (AFP) : de 30 % à 50 %. Au GIE, seulement 15 % du prix de vente est reversé pour le fonctionnement d’ePresse.

A noter, le Trio BNP a retiré Le Monde du GIE à l’automne 2010. Pourtant, le quotidien “a représenté à lui seul la moitié des ventes de quotidiens français sur tablette, avec 16.550 exemplaires vendus en moyenne chaque jour. L’iPad et ses rivaux représentent désormais 7,3% de la diffusion du quotidien du boulevard Auguste Blanqui, contre 4,4% en janvier dernier” (TechBiz). Simple hasard ou l’union fait-elle vraiment la force ?

“Les kiosques numériques ne représentent que 1 % du marché de la vente de titres en France”, selon Les Echos. C’est pourtant un bon début si l’on tient compte du fait que l’offre manque cruellement d’originalité : le journal ou le magazine conserve la même forme qu’en print, il n’est que dématérialisé. La navigation est identique, via le feuilletage électronique.

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Autre élément agaçant : l’instrumentalisation du thème de l’écologie par les kiosques numériques. Certes, la dématérialisation de l’information réduit fortement les coûts d’impression et de distribution pesant sur notre planète (et sur les entreprise de presse !). Mais la diffusion des appareils électroniques a elle aussi un impact écologique considérable en terme de production et de transport (usines dans les pays émergents), sans compter la consommation d’énergie requise par l’usage.

Retour de bâton : un bras de fer inégal à suivre entre Apple & les éditeurs. Une énième aide de l’Etat au secteur ?
Apple tente de contraindre les éditeurs par la force, avec son kiosque numérique Newsstand sous iOS 5, centralisant toute l’offre presse. La firme américaine souhaite préserver ses commissions, mais les données des abonnés constituent un autre point de tension entre Apple et la presse. Il semblerait que sur Newsstand, les utilisateurs puissent choisir de communiquer ou non leurs données aux éditeurs, celles-ci étant actuellement détenues par iTunes…

Si les éditeurs de presse parvenaient à convaincre l’Etat d’étendre le taux de TVA réduit à 2,1 % de la presse imprimée aux publications numériques, ils jetteraient peut-être un peu moins la pierre à Apple… Etant donné qu’ils sont devenus dépendants des innovations émanant du secteur high-tech, ils n’ont pour le moment pas d’autre choix que de se plier aux règles édictées par le géant américain.

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