Du Minitel à Internet #1 : le clivage entre baby boomers & digital natives

Pour célébrer les 30 ans du Minitel, l’association Armorhistel a organisé des tables-rondes le 14 octobre dernier aux Champs Libres. Intitulées « Du Minitel à Internet, 30 ans de services en ligne », ces rencontres étaient l’occasion de partager les expériences des concepteurs de l’époque tout en liant la création du Minitel à l’essor d’Internet. Ce premier billet vise à retranscrire l’atmosphère de l’évènement, qui a été animé avec aisance par Xavier de La Porte (producteur de l’émission Place de La Toile sur France Culture). Il semble que la nostalgie des baby boomers n’ait pas été totalement transmise aux digital natives présents, qui garderont très certainement une certaine amertume à l’esprit, compte tenu des remarques parfois désobligeantes faites à leur égard.

Armorhistel

1/ Du Minitel à Internet : « une querelle entre anciens et modernes »

Lancé en 1981, le Minitel a connu son apogée entre 1985 et 1998 avec la mise à disposition d’une profusion de services. Le fameux annuaire national électronique s’est révélé être une véritable locomotive, devant les célèbres messageries et les jeux notamment. Gérard Théry (Directeur Général des Télécommunications de 1974 à 1981) a souligné – au sujet du succès inattendu des messageries roses – que : « le Minitel n’a pas évolué selon nos souhaits, peut-être parce que nous n’avons pas inventé Internet ! ».

Pourtant, il est indéniable que la télématique (rencontre entre informatique et télécommunications) a constitué une révolution née à Rennes. D’un commun accord, les créateurs présents ont affirmé que le Minitel était « un préalable à Internet ». Mais l’idée que le Minitel aurait constitué un obstacle à l’essor du web en France n’a pas suscité l’unanimité des intervenants… Pourtant, politiques et télécomm’ paraissaient à l’époque peu enclins à encourager le développement d’Internet, compte tenu de la « rentabilité insolente » de l’écosystème du Minitel, soulignée par Philippe Dewost (co-fondateur de Wanadoo).

L’arrivée d’Internet semble pourtant bel et bien avoir été perçue comme une menace par les créateurs du Minitel, au sens où ce terminal s’est au final rapidement trouvé dépassé et relégué au placard…

2/ Du Minitel à Internet : un conflit entre baby boomers et digital natives

Les tables-rondes ont été introduites par une vidéo réalisée par des étudiants de l’ESRA : sorte de micro-trottoir visant à recueillir les souvenirs de Rennais à propos du Minitel. Très réussie, cette vidéo se faisait l’écho de la méconnaissance du Minitel par de nombreux jeunes interviewés, bien plus familiers avec Internet…

La composition du public de ces tables-rondes était répartie entre baby boomers (parmi lesquels les concepteurs du Minitel) et digital natives (nés au moment de l’apogée de Minitel). Comme quoi, le mystère du Minitel intéresse des jeunes au point qu’ils se déplacent pour assister à 4 heures de tables-rondes un vendredi après-midi !

On ne peut certes pas s’empêcher de relever la scission spatiale du public (ce qui n’a pas manqué d’être ouvertement fait par les panélistes d’ailleurs) : les baby boomers assis dans les premiers rangs alors que les digital natives en mauvais élèves étaient installés au fond de l’amphithéâtre.

Il y avait donc deux fronts dans la salle : « les vieux » et « les jeunes ». Cela étant, tous étaient venus afin de découvrir – avec autant d’appétence – la vision des concepteurs d’un ancêtre d’Internet.

Finalement, la « querelle entre anciens et modernes » exposée pour le passage du Minitel à Internet s’est révélée être autant d’actualité entre les baby boomers et les digital natives présents. L’aigreur et le mépris de certains participants des tables-rondes envers « les jeunes » est très dommageable. Suite aux interpellations agressives dont ceux-ci ont fait l’objet à plusieurs reprises, il n’est guère surprenant que la majorité d’entre eux aient déserté les bancs de l’amphi pour la seconde table-ronde…

Certes, messieurs les intervenants, tous les jeunes présents n’étaient pas spécialistes du Minitel : la majorité ne savait d’ailleurs pas encore lire à l’heure où les messageries roses étaient à leur apogée.

Certes, Internet n’a quasiment pas de secret pour eux, mais leur présence à ces tables-rondes témoignent de leur intérêt et de leur curiosité à découvrir les possibles liens entre le Minitel et Internet.

Et bien oui, messieurs les intervenants, les jeunes connaissent le format JPEG même s’ils ne savent pas tous coder ! Et pour information, non, les jeunes ne passent pas leur temps « à prendre des photos avec leur smartphones pour les partager avec leurs amis sur Facebook » !

De tels raccourcis et petites phrases témoignent de la construction d’un fossé entre les participants, dont la finalité a débouché sur l’exclusion provoquée d’une partie du public – probablement écœurée de faire l’objet d’un tel mépris. Le plus flippant regrettable c’est que de telles attitudes soient monnaie courante dans ce type d’événements.

Pourtant, les digital natives présents ont probablement su apprécier les anecdotes racontées : lors de la phase d’expérimentation du Minitel auprès du grand public, quelqu’un avait dit : « je ne veux pas qu’on regarde chez moi par le Minitel ». Cette crainte que le réseau téléphonique puisse conduire à un espionnage des particuliers explique que les concepteurs du Minitel aient prévus une porte (clavier refermable).

(Ancien Directeur Régional des Télécommunications de Bretagne) Monsieur Jacques Billard, vous comptez parmi les rares intervenants n’ayant pas pris à parti « les jeunes » négativement. Vous avez même évoqué le mouvement actuel « Indignez-vous », en prônant une ligne « enthousiasmez-vous ». Alors pour cette considération que vous semblez avoir pour les jeunes générations, merci !

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3 Responses to Du Minitel à Internet #1 : le clivage entre baby boomers & digital natives

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