Le webdocumentaire #3 : comment se repérer dans cette jungle ?

L’écho actuel provoqué par Manipulations, consacré à l’affaire Clearstream sur France 5 s’explique par le couplage de ce documentaire à une expérience web : « format à mi-chemin entre le webdocumentaire, le jeu et l’exploration d’une base de données ». Le 18 novembre, selon @Satellinet : « France TV revendique 35 000 visites et 65 000 pages vues en 5 jours sur le site ». La présentation de Manipulations reflète le caractère énigmatique des webdocumentaires qui pullulent pourtant : c’est le nouveau format à la mode.

1. Le webdoc, diversité et incertitudes d’un genre en construction

Il y a 10 ans, le Centre Pompidou présentait le webdocumentaire comme étant aux « frontières de la webtv, du magasine en ligne ou du journal de bord ». Depuis, les créations étiquetées comme tel se sont multipliées, mais le genre demeure mystérieux. En décembre 2010, l’INA s’est demandé « Le webdocumentaire existe-il ? ». La définition demeure impossible complexe compte tenu du caractère hybride et expérimental de ce type de digital storytelling. On peut toutefois essayer de clarifier ce que cache ce mot valise. Qu’est-ce qu’un webdocumentaire ? :

« Le mot webdocumentaire regroupe ainsi toutes les nouvelles formes de reportage ou de documentaire interactif sur le web. S’il fallait proposer une définition, se serait peut-être : un documentaire (film didactique), adapté au web, c’est à dire qu’il utilise les outils du web (multimédia, interactivité) au service d’une narration ».

Certaines caractéristiques des webdoc ont déjà été relevées sur ce blog (voir ici et ) : storytelling interactif, écriture multimédia, narration non-linéaire, liberté de navigation, etc. Compte tenu de leurs frontières imprécises, les webdocumentaires gravitent à la croisée des genres : à la fois documentaires, infographies, cartographies, photojournalismes, créations multimédia, visualisations interactives, etc. Les webdocs s’inscrivent dans l’univers des nouvelles formes de (web)reportages multimédia (mêlant texte, photo, audio, vidéo) et/ou transmédia (création de modes de narrations propres à différents médias).

Voici une liste non-exhaustive de types projets plus ou moins directement ancrés au cœur du webdocumentaire : carnet de voyage multimédia (Labaraka), carnet de bord lié à un documentaire classique (Asile de nuit), créations interactives avec des vidéos à 360° (360 degrees), diaporama ou portfolio sonore (Diaporamas), un peu serious game aussi (Madmundo), etc.

Le vocabulaire n’est pas fixé et porte d’ailleurs parfois à confusion. Le Monde.fr constitue un exemple révélateur : l’onglet Actualités en homepage donne accès à la rubrique Webdocumentaires. Mais cliquez sur les projets et ils s’ouvriront marqués comme « visuel interactif » (d’ailleurs, le mot webdocumentaire est remplacé dans l’URL par « visuel »).

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Le recensement de tous ces projets est devenu impossible, voire cauchemardesque tant le genre a fait des émules… En février 2010,  Christophe Milet en dénombrait 119. Un Webdocurama ambitionne de montrer « la variété des productions actuelles (créations artistiques, communication d’entreprises, d’institutions et d’ONG) ».

2. Le boom du webdoc, innovation transmédia ou outil de comm ? 

Oui, vous avez bien lu : à l’origine perçus comme des créations journalistiques, la communication s’empare du webdocumentaire qui devient un must des stratégies de communication corporate :

« Le webdocumentaire est à l’origine porté par des êtres hybrides : mi-journalistes/documentaristes à l’étroit dans les formats courts du web, mi-défricheurs de la narration et du multimédia. Pourtant, on assiste depuis un peu plus d’un an à l’apparition de ce que l’on pourrait nommer des publi-webdocumentaires ».

Les thématiques abordées croisent parfois celles des webdocumentaires portés par les médias : questions de société (univers carcéral, emploi, voyages, pauvreté, environnement, etc.). Mais une grande diversité d’institutions, d’entreprises et d’associations se prêtent au jeu, qu’il s’agisse de promouvoir leur marque, leur image, leurs projets ou leurs causes …

Je trouve que la conclusion de Simon Loubris sur ce sujet est intéressante :

« Le point commun entre tous ces projets ? Ils sont financés par des annonceurs, qu’ils soient acteurs publics, organismes caritatifs, ou opérateurs privés. Ils sont réalisés soit par des journalistes ou des sociétés de production, soit par des agences de communication. (…) Pour les annonceurs, habitués des sites événementiels et du storytelling, ce nouveau format fait sens. Pour les puristes du webdocumentaire, ce dernier pourrait y perdre son âme… ». [Le sujet est également traité ici]

Effectivement, l’engouement du monde corporate pour les webdocumentaires est quelque peu déconcertant. Cela dit, le webdoc n’a pas d’âme à proprement parler puisqu’il n’en est qu’à l’heure des expérimentations. On ne peut donc pas parler de dérives de ce genre qui est malléable et dont le caractère récent appelle au maximum d’expériences possibles pour le pousser aussi loin que possible.

Pour conclure sur ce point et montrer à quel point ce genre est vaste, focus sur l’application iPad Condition ONE : mise en scène de la couverture du reporter de guerre et documentariste Patrick Chauvel, grâce à des vidéos à 180° dans lesquelles l’utilisateur peut s’orienter. Ce contenu enrichi reprend les bases du photojournalisme, qui couplées à la vidéo et à la réalité augmentée, offrent une expérience d’immersion visuelle.

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Dommage qu’il y ait pour l’instant si peu d’applications disponibles de webdocumentaires et de photojournalisme augmenté… 

Pourquoi j’en parle ?

Ce billet fait partie d’une saga consacrée au webdocumentaire. Je m’intéresse à ce genre en construction parce qu’il constitue une innovation visuelle, en matière d’interactivité et de liberté de navigation. C’est un nouveau format journalistique que les médias peuvent s’approprier.

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3 Responses to Le webdocumentaire #3 : comment se repérer dans cette jungle ?

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