Le webdocumentaire #4 : haro sur les webdoc publicitaires ?

En me replongeant ce matin dans ma saga de billets consacrée aux webdocumentaires (ici, , et encore là), je suis tombée sur un échange de tweets entre David Dufresne et Victor LoiseauLes protagonistes ? En bref, on pourrait dire le journaliste vs. le communicant. David Dufresne, devenu chef de file du webdoc depuis Prison Valley, après une carrière journalistique à faire rêver tout étudiant journaliste (Libé, iTélé, Mediapart) vs. Victor Loiseau, chef de projet éditorial et digital chez Ogilvy PR.

Le sujet de discorde ? Un billet intitulé « I fell in love with the webdoc » publié sur le blog de l’agence Ogilvy – traitant de l’usage du webdocumentaire par les entreprises, à des fins communicationnelles. Ironie du sort, je m’y suis intéressée il y a peu dans un billet consacré à la jungle des webdocs. Je ne peux donc pas m’empêcher de rebondir sur cette animation du hashtag #webdoc !

Webdoc_TweetClash

1. Le webdoc a pris son envol comme création numérique

Interviewé sur Radio Canada la semaine dernière, David Dufresne a affirmé : « il y a tout un tas de professions qui s’intéressent [aux webdocs], pour de bonnes ou de mauvaises raisons ». Dommage qu’il n’ait pas eu l’occasion d’en dire plus sur ce point, mais cela lui a permis d’évoquer le bouillonnement du genre dans un contexte de crise du journalisme et du documentaire.

Je ne sais pas trop ce qui se cache derrière « ces bonnes et ces mauvaises raisons », mais je me dis que cette distinction pourrait bien opposer journalistes et communicants, c’est-à-dire projets de créations éducatifs face aux projets de promotion d’une cause ou d’une entreprise… Pour ne pas m’attirer les foudres de certains journalistes, je ne vais pas m’étendre davantage sur le terrain de la libre interprétation de ces propos.

J’ai bien aimé la phrase de David Dufresne disant que « le webdocumentaire est l’enfant du web », parce qu’il est fondé sur les hyperliens, constitutifs des « gènes du web ». L’ADN du webdoc tient donc à un récit délinéarisé, ce qui rend l’internaute actif avec une certaine liberté de navigation et d’immersion dans le sujet à son rythme. « L’auteur descend de son piédestal », ce qui n’est pas sans rappeler les évolutions du journalisme web face à l’essor du web 2.0 et à la dimension participative. Le webdoc s’intègre alors dans une culture de partage, d’échange et de communication ; il est possible d’y dialoguer et d’y commenter.

Les pionniers du webdoc ont conscience d’avoir mis le doigt sur une innovation narrative réellement adaptée au web. Pourquoi ?
Parce qu’ils sont allés à contre-courant de la tendance visant à transposer les contenus du print au web, habituellement sans les penser en amont pour un support numérique.
Parce qu’ils ont fait preuve de créativité et d’innovation en tirant profit des fonctionnalités offertes par le web.
Parce que l’évangélisation des internautes à ce format novateur est bien amorcée, en atteste l’effervescence autour des projets de webdoc.

2. La noblesse du webdocumentaire menacée par le blasphème des communicants ?

Pourquoi opposer webdocs journalistiques et webdocs publicitaires ?
Il est vrai que les médias sont en quête du secret d’un business model numérique viable : toute innovation est la bienvenue – le webdocumentaire en fait partie – et peut-être susceptible d’être le Saint-Graal. On ne les blâme pas, au contraire, la presse est en redéfinition.
Mais « le webdocumentaire est l’enfant du web », toute distinction basée sur la finalité du message paraît donc clairement contraire aux idéaux de liberté et d’ouverture du World Wide Web de Tim Berners-Lee ! D’ailleurs, le genre n’est aucunement théorisé, ses balbutiements ouvrent la voie à une profusion d’expérimentations. Pour faire court, tout le monde veut son webdoc.

Devrait-on introduire une forme d’étiquetage ou de labellisation des webdocs pour distinguer les webdocs d’information des webdocs promotionnels ?
Non. Cette poudre aux yeux Un tel protectionnisme me semblerait contre-productif, au sens où ce genre est en construction et en phase d’appropriation par les usagers. D’où l’intérêt que le webdocumentaire soit expérimenté et diffusé le plus largement possible afin qu’émerge réellement le genre. La concurrence stimule d’ailleurs les processus créatifs. La publicité fait de moins en moins recette auprès des usagers, et l’appropriation du webdoc par les communicants est peut-être signe de renouveau dans ce domaine. Flatteur pour les pionniers du webdoc en tout cas !
Les internautes ne sont pas stupides : ils sauront faire la part des choses entre un webdocumentaire éducatif et un webdocumentaire promotionnel.

Pourquoi j’en parle ?

Parce que les relations entre journalistes et communicants constituent un angle d’étude fait d’interdépendances et d’ambivalences, auquel j’avais d’ailleurs consacré mon mémoire il y a deux ans. Le webdocumentaire est ici présenté comme un exemple de « l’éternel » clivage entre journalistes et communicants .

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2 Responses to Le webdocumentaire #4 : haro sur les webdoc publicitaires ?

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