Journaux et journalistes sur Twitter

Un groupe d’une dizaine de personnes s’est réuni à La Cantine Numérique Rennaise pour assister à la première session privée de l’antenne rennaise du Social Media Club France, le 20 février. Cette séance s’est intéressée à Twitter, qui s’est imposé comme un média social de premier ordre. Au-delà de son impact comme pourvoyeur d’audience pour les sites d’informations, Twitter a surtout été envisagé à travers son appropriation par les médias et les journalistes, jusqu’à la présentation d’une cartographie des réseaux journalistiques. Deux experts sont intervenus lors de cette première séance. Anne-Laure Raffestin (@alraffestin), Community Manager à Regionsjob, blogueuse sur le blogdumodérateur, a exposé le classement L’Express des médias sur Twitter. Et Nikos Smyrnaios (@smykos), Maître de Conférence en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Toulouse 3, a présenté l’étude de la cartographie des journalistes sur Twitter. La séance a été très riche en termes d’interactions et d’échanges entre les participants et avec les intervenants. En voici un rapide aperçu.

Le classement des médias les plus présents et suivis sur Twitter

SMCVoir la présentation ici !

Le précurseur français en la matière est Rue89 qui a réalisé deux études sur les médias « champions des réseaux sociaux » en décembre 2010, puis actualisée en août 2011. La principale limite de ce classement novateur réside dans le cumul des fans de la page Facebook et des abonnés au compte Twitter officiel des médias. Un fan sur Facebook est difficilement comparable à un membre de Twitter compte tenu des caractéristiques propre à chacun de ces réseaux sociaux (les fans de marques se retrouvent davantage sur Facebook que sur Twitter). Par ailleurs, certaines données soulèvent aussi la question du poids des politiques d’acquisition de fans sur Facebook, en particulier pour France24 et RFI. De même, alors que cette pratique émerge pour les followers, les mystères du système des comptes suggérés sur Twitter ont aussi été évoqués, parce qu’il semble être à l’origine d’un nombre de followers colossal. Enfin, un autre écueil de ce classement de la première heure repose sur la focalisation sur les comptes officiels des médias, sans comptabiliser les comptes des journalistes, qui occupent pourtant une place centrale dans la twittosphère.

Dans cette lignée, L’Express a donc entrepris de rassembler des données plus fines sur la présence des médias sur Twitter, en octobre 2011. La particularité de cette étude réside dans la combinaison entre les abonnés au compte officiel ainsi qu’à ceux de leurs journalistes. La quatrième édition a été diffusée en février 2012. Certains résultats demeurent imparfaits, comme l’a souligné un participant : le nombre de followers des journalistes d’un titre lui paraissant sous-estimé. Par souci de précision, la démarche se veut participative : les tableurs étant disponibles en libre accès sur GoogleDocs, nul doute que les prochaines versions seront de plus en plus approfondies. Parmi les discussions, Twitter représente encore une faible source d’audience pour les médias mais il convient de noter une très forte croissance et une participation à l’image du média (sans oublier que les difficultés de mesures rendent encore l’audience liée à Twitter sous-estimée). Nikos Smyrnaios souligne également que Twitter est un outil de recommandation sociale, les visites sont alors relativement plus longues. La question de la stratégie média vs l’autonomie du journaliste a été abordée : les médias doivent-ils imposer un usage de Twitter ou les journalistes sous bannière peuvent-ils garder un certain espace de liberté de ton ? Et enfin, les classements sont susceptibles d’évoluer avec le mercato des journalistes, ces derniers partant alors avec leurs followers, évolution nouvelle.

La cartographie des journalistes sur Twitter

L’étude des liens entre les journalistes de la twittosphère, réalisée par Nikos Smyrnaios et Bernhard Rieder a été publiée sur INAGlobal : « Les journalistes français sur Twitter vus comme un graphe ». Les données de l’observation ont été récoltées sur deux mois, entre février et avril 2011. Le panel des 1 800 comptes Twitter (dont 1 300 comptes publics) a été constitué par une recherche du mot-clé « journaliste ». Sur ce point, les chercheurs ont retenu la définition de Denis Ruellan d’un « professionnalisme du flou », qui diffère de l’approche classique selon laquelle est journaliste celui qui détient la carte de presse. Seul le compte officiel @lemondefr a été conservé dans l’étude, comme point de repère. L’avantage qualitatif de cette cartographie est d’offrir une visibilité globale des réseaux journalistiques, tout en révélant les logiques d’influence. Nikos Smyrnaios a ironiquement souligné que cette étude avait été accueillie par de nombreux journalistes comme « un classement des top journalistes ».

Au premier coup d’œil, le graphe révèle une forte densité, qui atteste de la surreprésentation de la communauté journalistique sur Twitter, les journalistes sont également deux fois plus cités en moyenne que l’utilisateur lambda. Des sous-communautés apparaissent via les regroupements par affinités autour d’un média (L’Étudiant) ou d’une thématique (les « geeks ») par exemple. Les comptes de journalistes les plus influents sont repérables par la taille et la couleur des nœuds, qui est fonction des mentions et retweets. A ce sujet, le chercheur a insisté sur l’observation qu’un nombre élevé de followers n’était pas forcément corrélé au nombre de retweets et de mentions. Ainsi, le compte @misspress est beaucoup plus suivi que celui de @egaucher, qui est pourtant plus influent du fait d’un nombre plus conséquent de mentions. Globalement, le journaliste influent est un animateur de réseau, le rapport entre les mentions émises et reçues est équilibré, à l’exception de certains utilisateurs à l’image de @GillesKlein.

La place occupée par les journalistes influents sur Twitter révèle davantage leur position d’« électron-libres », contrairement aux analyses classiques selon lesquelles les positions élevées du champ journalistique traditionnel étaient les plus visibles (Bourdieu) : en moyenne plus jeunes et plus souvent pigistes ou freelances. Les analyses suggérées par cette cartographie s’accordent avec les évolutions des qualités et des pratiques professionnelles journalistiques. Twitter est un véritable lieu de socialisation, grâce auquel les followers s’intègrent dans le capital professionnel des journalistes. Quant au personal branding, il souligne la personnalisation de la pratique journalistique : la visibilité et l’influence d’un journaliste lui est bénéfique mais peut également se répercuter positivement sur le ou les médias dont il dépend. A noter également que les journalistes sont beaucoup plus retweetés et mentionnés lorsqu’ils parlent d’actualité que de leur vie privée.

Pourquoi j’en parle ? Parce que j’y étais.

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