Centraliser facilement son identité numérique grâce à aliaz

La présentation d’aliaz, outil de gestion d’identité numérique, a  eu lieu avant-hier à La Cantine Numérique de Paris. Il y a quelques jours, une avant-première avait été organisée à la Cantine Numérique Rennaise sur invitation du blog du Modérateur et de Regionsjob. L’événement a réuni des acteurs de la scène web rennaise, ancrage du site emploi Regionsjob (dont l’actionnaire majoritaire est le Groupe Télégramme depuis sa création en 2000). Après le développement d’antennes régionales et de plateformes de blogs notamment, les équipes de ce Jobboard lancent en 2012 le service aliaz « moi, version web ». Disponible depuis début février en version beta, aliaz se présente comme « un accès unique à vos profils et contenus en ligne ».

L’ambition du projet ? Sensibiliser le grand public sur les enjeux de maîtriser leur présence en ligne, grâce à un service accessible à tous : des internautes les moins aguerris aux vrais geeks. Y a-t-il vraiment un enjeu ? Indiscutablement : on observe des pratiques négligentes sur le web du fait de la méconnaissance des traces laissées en ligne. Leurs incidences peuvent être parfois dramatiques (quelques anecdotes seront citées). Pour faire court, on peut évoquer la formule parfois galvaudée « Internet n’oublie rien », dont les usagers prennent petit à petit conscience. La démocratisation de la notion d’identité numérique apparaît donc essentielle aujourd’hui.

Lancement d'aliazCrédit photo 

L’identité numérique : un concept de geeks pas encore bien assimilé par le grand public

L’intérêt d’un service comme aliaz, dédié au grand public, repose d’abord sur la dimension de sensibilisation aux enjeux de maîtriser son image numérique. En bref, savoir et contrôler ce que le web raconte sur nous. Avec l’abondance des réseaux sociaux, des services de curation et des plateformes communautaires, (etc.) les internautes se créent des comptes par-ci par-là. Expérimenter un service de vidéo, retrouver ses amis d’enfances ou interagir avec son réseau professionnel sont autant d’activités numériques de plus en plus répandues. Même si l’inscription n’est pas pérenne lorsque l’usager ne fait qu’expérimenter provisoirement le service, toutes ces déambulations sur la toile laissent des traces. Et la prise de conscience que l’identité numérique d’un individu se construit au fil de ces traces n’est pas généralisée. Alors que certains ont recours à des pseudonymes, d’autres considèrent qu’une bonne connaissance des clauses de confidentialité suffit. Mais beaucoup d’internautes (pas forcément novices) se trouvent parfois confrontés à des surprises. On pense par exemple au buzz suscité par le premier portrait Google, publié par Le Tigre fin 2008, après une investigation menée sur le web :

« Bon anniversaire, Marc. Le 5 décembre 2008, tu fêteras tes vingt-neuf ans. Tu permets qu’on se tutoie, Marc ? Tu ne me connais pas, c’est vrai. Mais moi, je te connais très bien. (…) On prend un anonyme et on raconte sa vie grâce à toutes les traces qu’il a laissées, volontairement ou non sur Internet ».

Le sujet n’est donc pas nouveau, mais il n’est pas forcément encore bien compris par tous. Les rubriques faits divers se sont en effet un peu modernisées, puisque l’on peut désormais y trouver une teneur un peu plus high-tech ! Mais l’effet est souvent loin d’être pédagogique : à leur lecture, certains se réfugient parfois dans un protectionnisme et une diabolisation, considérant qu’Internet, c’est le mal. Les cas de licenciements pour faute suite à des publications sur Facebook se multiplient et sont très médiatisés. Les anecdotes abondent : un salarié en arrêt de travail publie des photos de sa super soirée du weekend (ah oui, il ne pensait pas que son patron les verrait alors qu’ils sont amis sur le réseau social…), un employé y insulte son patron, etc.  Les conseillers prudhommaux et juristes sont donc confrontés à de nouvelles affaires, contraints d’interpréter les lois vagues au gré des évolutions sociétales.

Les jurisprudences se multiplient, mais le flou demeure. Comme l’explique cet avocat : pour le moment, « le salarié peut être poursuivi pour des propos injurieux tenus sur Facebook ». L’arrêt rendu par la Cour d’Appel de Versailles il y a quelques jours était très attendu parce qu’il devait juger une décision du Conseil des Prudhommes, ayant validé le licenciement pour faute grave de deux salariés méprisant leur hiérarchie sur Facebook. Cet arrêt a considéré leur licenciement « sans cause réelle et sérieuse », mais il s’est uniquement fondé sur un « vice de procédure », c’est-à-dire sans se prononcer sur les motifs de l’employeur ! La jurisprudence demeure timide sur cette question. Cela traduit bien la confusion qui règne dans ce domaine, avec la négligence de certains internautes, notamment pour ce qui est de la frontière entre vie privée et vie publique. D’où l’intérêt d’un service comme aliaz ! Voir la vidéo de présentation ici.

La démocratisation de la gestion de son identité numérique : un personal branding grand public ?

Avec aliaz, Regionsjob entreprend donc de pointer du doigt la dispersion numérique des internautes pour éveiller les consciences. Le nuage de logos gravitant au début de la vidéo de présentation en atteste : il donne même un peu le tournis. Le service est simple : il propose aux usagers de centraliser leur identité numérique, en créant leur page personnelle ou leur carte de visite virtuelle. Grâce à cet outil, « gérez enfin votre visibilité en ligne et maîtrisez votre identité numérique ». Pour qu’il soit réellement accessible, tout dans aliaz a été pensé simplement. Le processus de création de sa page personnelle, en trois étapes, a été décortiqué sur le Blog du Modérateur (une sorte de mode d’emploi), peut-être rassurant pour certains. Même les possibilités de personnalisation sont faciles. Seuls un email et un mot de passe ouvrent les portes de la plateforme d’édition qui ne compte que trois onglets.

aliaz

  • Profil : nom, prénom, photo, titre et courte présentation seront remplis en quelques clics.
  • Liens : URL des sites ou comptes que vous souhaitez rendre accessibles d’aliaz. Il est même possible d’uploader des documents !
  • Apparence : une quinzaine de modèles sont pour le moment disponibles, mais il est très facile de créer son propre thème personnalisé (choix des couleurs, de police et de taille, téléchargement d’une image en fond d’écran, etc.)

Voilà, mon profil est déjà créé. Mais qui viendra le voir ? Grâce au référencement naturel, ma page aliaz apparaîtra dans les résultats de requête Google portant sur mon nom. Mais ce n’est pas tout, les concepteurs du service ont recensé d’autres modes de propagation. Il est possible de diffuser son aliaz par invitation par email, par les réseaux sociaux et professionnels, par QR code, dans sa signature automatique de mail, etc. Enfin, le tableau de bord donne accès en un coup d’œil aux statistiques de consultation du profil aliaz (nombre de visites, source du trafic et mots clés utilisés dans les moteurs de recherche). Cette dimension est capitale pour suivre la visibilité de son profil. La voie est donc ouverte pour que la pratique du personal branding gagne tout à chacun. De leur côté, les recruteurs y verront peut-être d’ailleurs un avantage. Lors de l’événement rennais, déjà plus de 800 profils avaient été créés en trois semaines. Le bilan au lancement officiel à Paris faisait état de 1 000 beta-testeurs. Dans les semaines à venir, de nouvelles évolutions d’aliaz sont attendues. C’est pourquoi, les inscriptions et retours par rapport à ce service seront à observer afin de voir si l’adhésion à aliaz dépasse le public des early-adopters, conformément aux objectifs.

Le positionnement de Regionsjob sur le marché de l’identité numérique

Le marché de l’identité numérique est encore jeune. On peut citer Flavors.me ou About.me, services plus ou moins similaires à aliaz mais dont les fonctionnalités de personnalisation sont, en comparaison, extrêmement limitées dans la version gratuite. Et ne peut-on pas considérer DoYouBuzz comme un concurrent potentiel ? Le dernier-né de Regionsjob s’en distingue également par le fait qu’il soit tout en français, gage d’accessibilité supplémentaire. Les conditions générales d’utilisation d’aliaz sont synthétiques et compréhensibles : « elles tiennent en une page ! ». On peut dire que le développement de ce service par Regionsjob est loin d’être incohérent, au vu de ses activités liées à l’emploi. Aliaz est même une composante qui s’intègre au cœur de métier de ce Jobboard, œuvrant à la sensibilisation aux pratiques numériques. A ce sujet, je vous conseille de consulter l’eBook sur l’identité numérique, coordonné par Flavien Chantrel et Anne-Laure Raffestin du blog du Modérateur, eBook qui fait la synthèse de ce débat du mois de janvier 2012.

D’un point de vue économique, aliaz est entièrement gratuit. Les données personnelles des utilisateurs ne seront conservées que tant que leur compte aliaz est actif. En tout cas, Regionsjob garantit qu’elles ne seront pas vendues aux annonceurs. De plus, en ayant opté pour un modèle exempt de toute publicité, Regionsjob a aussi fait le pari de se démarquer des pratiques des géants du web, souvent critiqués. Encore un atout pour rassurer l’internaute lambda. Enfin, une version premium, permettant notamment d’avoir son propre nom de domaine, est attendue dans les prochains mois. Celle-ci constituera a priori le seul mode de monétisation de ce service.

On peut  se demander dans quelle mesure aliaz sera intégré et valorisé à l’échelle du groupe de presse ? Par exemple, la version premium d’aliaz sera-t-elle offerte aux abonnés numériques des titres du groupe (Le Télégramme, Le Journal des Entreprises, Le Mensuel de Rennes, etc.) ? Une telle stratégie ne serait pas sans souligner la tendance de mutation des groupes de presse, qui se tournent de plus en plus vers les services numériques. Ouest-France était à l’origine du Bon Coin, en partenariat avec le groupe Schibsted (avant de le céder fin 2010 !). Plus récemment le groupe Dassault, propriétaire du Figaro, a racheté Netvibes. Le Groupe Télégramme a compté parmi les précurseurs en la matière avec l’acquisition de Regionsjob en 2000. Entend-il poursuivre dans cette voie ?

Pourquoi j’en parle ?

Ce n’est pas parce que j’ai récupéré une jolie tasse et un tee-shirt, mais bien parce qu’aliaz est une petite perle d’innovation initiée dans le bassin rennais. D’ailleurs, j’ai créé mon aliaz ici :)

Data PS

Regionsjob est un peu la vache à lait du Télégramme. L’entreprise se présente comme le leader des sites d’emplois privés français, avec près de 1,6 M de VU en janvier 2012 (Médiamétrie NetRatings). Le Jobboard enregistre 5.2 M de visites et 37.2 M de pages vues mensuelles, à comparer aux 4.5 M de visites et 13.3 M de pages vues mensuelles pour le site Le Télégramme (OJD, Janvier 2012). Du point de vue financier, Regionsjob a réalisé un résultat net de 3.4 M€ pour un chiffre d’affaires de plus de 19.8 M€ alors que Le Télégramme ne réalise « que » 2.1 M€ pour un chiffre d’affaires de quelques 88.9 M€ (2010). Je vous laisse faire les rapports !

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