MediaLingerie : Les dessous de RennesTV

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je n’ai pas eu besoin de trop me creuser la tête pour trouver un sujet, grâce à l’effervescence de l’écosystème numérique rennais. Le choix de RennesTV n’est pas anodin : parce que le site d’information mêle textes et vidéos, parce que le projet est bâti par des jeunes pour des jeunes, parce qu’il a été lancé au moment des TransMusicales, parce que c’est un projet numérique construit et parce que j’ai eu l’agréable surprise de repérer un nom familier parmi ceux des deux fondateurs au moment du lancement (on s’est posés sur les bancs de Sciences Po Rennes à la même période). Voilà les quelques raisons qui ont mené à l’un des premiers verres printanier en terrasse Place Saint Anne, au cœur de Rennes évidemment ! L’occasion donc de discuter avec les deux fondateurs de RennesTV : Olivier Roth et Gaspard Glanz.

RennesTV, un projet médiatique hyperlocal

En novembre 2011, RennesTV se dévoile progressivement par l’intermédiaire des réseaux sociaux : un blog est lancé et des teasers vidéo sont diffusés. La version beta est lancée le 1er décembre 2011, au moment des TransMusicales. La société est immatriculée mi-mars 2012. RennesTV c’est un pure player mettant « côte à côte la vidéo et le texte, tous les deux dans un format innovant sur Internet ». Le site cible les 18-35 ans de la métropole rennaise parce que « c’est la catégorie la plus représentée en termes démographiques, et qui est la plus collée aux usages numériques ». Le credo des fondateurs est de répondre aux besoins de la ville, en développant un nouveau journalisme. Leur ligne éditoriale est axée autour de l’information et de la culture, cette dernière étant fortement pourvoyeuse d’audience compte tenu du dynamisme rennais en la matière. A noter, les créateurs ont banni de leur site les faits divers et le sport. Sur les réseaux sociaux, RennesTV avoisine aujourd’hui les 2 000 followers sur Twitter et compte un peu plus de 230 fans sur Facebook (en quatre mois d’existence).

Le modèle de « l’information à trois voix » développé par Rue89 fait partie de l’identité de RennesTV, bien que ses concepteurs y aient apporté leur propre touche avec la vidéo. Lors de la conception du projet durant l’été 2011, Gaspard a rencontré Pierre Haski : « Rue89 a accompagné notre chemin. Si RennesTV était un périple en stop à travers la France, disons qu’ils nous ont fait traverser Paris ! ». L’information hyperlocale est un créneau dynamique, comme le montrent les déclinaisons récentes du premier pure player français avec Rue89Lyon (novembre 2011) et Rue89Strasbourg (février 2012). Il n’est donc pas illogique que le paysage médiatique rennais s’étoffe également : des médias écrits avec Ouest-France, Le Télégramme, Le Mensuel de Rennes, en passant par des médias audiovisuels avec France 3 Bretagne, TVRennes35, pour terminer avec des médias associatifs comme alter1fo, Radio Campus ou Canal B. Sur les traces de Rennes Infhonet  en 2007-2008, les créations médiatiques dans la capitale bretonne se multiplient depuis fin 2011 : RennesTV semble d’ailleurs avoir ouvert la voie aux derniers-nés médias associatifs que sont Rennes1720 et YeggMag.

RennesTV, bref portrait des fondateurs

Olivier et Gaspard ont suivi des études distinctes : spécialisation dans les politiques locales à Sciences Po Rennes pour l’un, et sociologie criminelle à Rennes 2 pour le second. Pas de formation journalistique traditionnelle, hormis quelques stages réalisés par Gaspard à Ouest-France, Radio Campus ou StrasTV (webTV strasbourgeoise). Voilà, ça suffit. Ils évoquent leur cursus supérieur aussi brièvement que cela parce qu’il n’est pas capital pour comprendre RennesTV. Par contre, aborder leurs idéaux et leur passé commun de militants dans les mouvements lycéens et étudiants apporte des précisions. Gaspard a conçu le site Rennes 2 en grève, grâce au background de techos qu’il s’est constitué dans les années 1990 : « tu peux préciser depuis Mac OS7, ça va en faire rigoler certains ! ». Il a côtoyé un environnement un peu geek et s’est essayé à nombre de « bidouillages et refroidissement liquide de processeurs ». Son affinité de longue date avec le visuel et la photo en particulier a servi de base à son retrait vers le monde journalistique et sa conversion au monde vidéo en 2006. A ce moment-là, les plateformes de vidéos comme YouTube ou DailyMotion se développent, et les appareils numériques permettent une hybridation entre la photo et la vidéo.

A 24 ans, ces amis d’enfance tentent l’aventure : leur complicité les aide, mais ils sont aussi polyvalents et complémentaires. La répartition des rôles des cogérants est cruciale. Olivier porte la casquette de directeur général, gère l’administratif et apporte sa plume pour toute la rédaction écrite. Directeur de la publication, Gaspard est l’image de RennesTV, il gère le commercial, le marketing, le web et la production de vidéos. Le slogan de RennesTV, c’est « We are region… », un clin d’œil à la région d’adoption de ces deux strasbourgeois. Ils restent évasifs sur sa signification : « on préfère laisser les gens imaginer ce qu’ils veulent voir à travers ce slogan ». Certains y décèlent la marque de l’indépendantisme breton, « c’est vrai que comme l’Alsace, la Bretagne est une région qui a une forte identité ». Pour ma part, j’y vois un clin d’œil à Anonymous et à son fameux « We are legion » : Gaspard a souri, je ne suis pas la seule. Il me rappelle alors qu’ils ont traversé la décennie des mouvements étudiants et qu’ils revendiquent une certaine proximité idéologique : « on n’a pas le drapeau pirate hissé dans le bureau, mais presque ». Pourtant, à leurs yeux, le « we are » se distingue parce qu’il traduit le caractère extrêmement soudé de l’équipe de RennesTV.

RennesTV

RennesTV, un modèle économique numérique

Le projet est autofinancé par ses créateurs. L’originalité du modèle de RennesTV repose sur le fait que le site d’informations est édité par Taranis Productions (leur société de production de vidéos). Attention, ils précisent bien que la frontière entre ces deux activités est nette : « il n’y a pas de mélanges : le contenu de la société de production n’est pas sur RennesTV et vice versa ». L’image de marque de Taranis Productions se construit sur un « haut niveau de contenu et de créativité », ainsi que sur l’accessibilité financière pour les artistes locaux notamment. Le business model de RennesTV repose donc sur deux sources de financements que sont la publicité et la production de vidéos. Actuellement « 80 % des recettes proviennent de la production d’images et 20 % de la publicité », bien que selon la répartition prévisionnelle, le rapport était de 60 % pour la vidéo et de 40 % pour la publicité. Pourtant, leur ratio réel paraît logique dans la mesure où les recettes publicitaires en ligne reposent sur une audience fidélisée et qualifiée. Restons-en là, aucun autre chiffre n’a été dévoilé, parce que RennesTV se lance et est en négociation avec une régie. A noter déjà : les premiers salaires seront versés en avril ou mai, et ils embaucheront un salarié à mi-temps dans les prochaines semaines, en renfort pour la production de vidéos.

Toutefois, Gaspard et Olivier pensent déjà aux évolutions de leur modèle économique. S’ils ne parviennent pas atteindre leurs objectifs de recettes publicitaires et si la production de vidéos couvre un jour tous les besoins, ils envisagent par exemple la possibilité de supprimer la publicité de RennesTV. L’idéal du journalisme sans publicité est bien là : « si on envisage de supprimer la pub du site, ça nous enlèverait alors moins de recettes que ça nous améliorerait notre image ». RennesTV est donc bien loin du modèle économique de la presse qui repose traditionnellement sur la vente aux lecteurs et aux annonceurs. D’ailleurs, les fondateurs refusent catégoriquement de faire payer leurs lecteurs, parce que « ce modèle n’a pas sa place sur le web au niveau local ». En cela, ils adoptent une stratégie à l’antipode de celle de dijOnscOpe. Enfin, le modèle de l’actionnariat salarial leur trotte dans la tête : « en étant une SARL avec des salariés actionnaires de la société, le problème des subventions et de l’indépendance ne se pose pas. On pourrait migrer vers un statut de type Scop [sociétés coopératives de production] ou Scic [sociétés coopératives d’intérêt collectif] ».

RennesTV dans l’écosystème rennais

Le caractère hybride de RennesTV, juxtaposant l’activité journalistique et la production de vidéo, constitue une véritable nouveauté en termes de modèle économique numérique. Au cours des quatre mois d’existence de ce nouveau média, les fondateurs ont expérimenté la production de web TV reportages et de contenus écrits info et culture. Le site accueille déjà deux blogs, alimentés par des contributeurs invités : « Fais pas genre ! » (Geoffroy Husson) et « La place est prise ? » (Audrey Guiller et Nolwenn Weiler). En l’absence de données d’audience, il est difficile de mesurer l’ampleur du public rennais déjà conquis par RennesTV.

Mais Olivier et Gaspard sont très optimistes : « notre audience correspond bien à la cible que l’on s’était fixés. Beaucoup de gens nous découvrent grâce à l’actualité culturelle, à travers les artistes : ils souhaitent revoir des images du concert ou voir l’interview de l’artiste à qui on consacre généralement 6 à 12 mn de reportages vidéo. Pour l’artiste, la vidéo c’est comme un support de communication qu’il peut réutiliser car on est sous licence Creative Commons. Pour nos lecteurs, c’est un regard particulier porté sur un artiste. C’est un bon moyen pour fidéliser notre audience. En un peu plus de trois mois, nous sommes donc déjà en train d’occuper la place que l’on souhaitait prendre ».

Pour ce qui est de l’écosystème médiatique rennais, RennesTV s’est présenté aux acteurs existants avant sa création. Une petite couverture presse locale peut être relevée à l’ouverture : Ouest-France, Le Mensuel de Rennes et 20Minutes. Le site se fait une place et ne se voit pas comme concurrent des autres médias, compte tenu de la diversité des sujets et des cibles propres à chacun. A titre d’exemple, Gaspard et Olivier n’ont croisé des journalistes de Ouest-France et de TV Rennes35 qu’à une séance du Conseil Municipal. Ils ne jouent donc pas sur les mêmes tableaux, mais les créateurs de RennesTV sont convaincus que le dynamisme de l’information hyperlocale sera bénéfique pour l’ensemble des acteurs.

RennesTV 2

D’ailleurs, un partenariat entre RennesTV, Le Mensuel de Rennes et Radio Campus est né du souhait de réaliser un débat en live stream vidéo dans un bar rennais (L’artiste assoiffé) autour du thème « Rennes : la fête est-elle finie ? » le 19 mars 2012. Les trois partenaires se sont respectivement chargés de la vidéo, de l’organisation et de la prise de son : « ça a été le 1er débat en live-stream vidéo depuis un bar rennais sur Internet ! ». L’expérience devrait perdurer puisque le prochain rendez-vous est fixé au 11 avril pour un débat à la rencontre de jeunes représentants des principaux partis candidats aux présidentielles.

Et la question choc : RennesTV, quelle lingerie ?

« Tu veux les dessous des médias ? Voilà, j’ai un caleçon avec des télévisions et c’est le même logo que celui de RennesTV ! »

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2 Responses to MediaLingerie : Les dessous de RennesTV

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