Le débat « jeunesse PS contre jeunesse UMP » dans un bar de Rennes : en public, en live streaming et en replay. Un partenariat entre médias hyperlocaux.

Début mai 2012. Dernière ligne droite avant le second tour des élections présidentielles. Lassitude… La campagne est de plus en plus sale. Les ultimes meetings n’ont pas fait exception et ont produit leur lot de surprises, parmi lesquelles et non des moindres des agressions croissantes de journalistes lors des rassemblements UMP. On s’accroche. Beaucoup de citoyens ont bravé l’ennui (pendant près de 3 heures) en regardant le débat de l’entre-deux-tours mercredi 2 mai (près de 18 millions de téléspectateurs), afin d’être vraiment éclairés pour passer par l’isoloir.

Dans le même état d’esprit, comme avant-goût de ce grand débat télévisé, j’ai assisté à un débat public faisant appel à des représentants hyperlocaux rennais des deux partis. L’événement « Jeunesse PS contre jeunesse UMP : le grand débat » a débuté vers 18 heures dans le bar l’atelier de l’artiste, en plein centre ville, en présence d’une trentaine de personnes. L’occasion de se (re)mettre dans le bain tout en étant rentré à temps chez soi pour assister au sacro-saint débat républicain entre les deux « vrais » candidats en lice pour le second tour. Je salue donc le timing idéal de cette initiative qui a contribué à ramener la campagne à une échelle plus locale, bien loin de l’ampleur des meetings habituels.

Une expérimentation à temporalité variable : imbrication des mondes physique et virtuel 

Ce débat public de l’entre-deux tours est né d’un partenariat entre médias locaux : Le Mensuel de Rennes, RennesTV, Radio Campus Rennes et Canal B. Cet événement constitue en réalité la seconde expérimentation en la matière. Un billet consacré à RennesTV évoquait l’inauguration en mars 2012 de ce partenariat fondé sur le souhait de réaliser un débat public en live streaming (puis en replay) autour du thème « Rennes : la fête est-elle finie ? ». Ces événements présentent donc l’intérêt d’être à la fois ouverts au public et retransmis en direct sur le web. Il est aussi possible de les regarder plus tard (en replay), après montage lorsque la vidéo est disponible en ligne. Leur principe est simple : ces acteurs de la scène médiatique rennaise se rassemblent pour mutualiser leurs compétences et tirer profit de leur complémentarité. Ainsi, Killian Tribouillard et Nicolas Legendre du Mensuel de Rennes ont animé et modéré le débat. Pendant ce temps-là, les équipes de RennesTV, de Radio Campus Rennes et de Canal B étaient respectivement en place pour gérer la prise d’images et de sons.

Café des artistesG-D : Tristan Lahais, Killian Tribouillard, Nicolas Legendre, Anaïs Jehanno

Ce type d’initiative novatrice mérite d’être évoqué ; les médias défendant traditionnellement leur territoire. Il arrive que l’on voit côte à côte des logos de médias sur des affiches ou flyers d’événements, mais c’est généralement indépendant de leur volonté (ils ne sont pas à l’origine de ces rapprochements). En bref, j’ai apprécié la concrétisation de cette initiative. Dire que j’ai aimé c’est cool, et pourtant je vois un intérêt à formuler quelques remarques sur le déroulé de cette expérimentation. Il ne s’agit peut-être que de lacunes de rodage, mais prendre du recul et réfléchir est toujours utile afin de parfaire les prochaines éditions.

Le débat s’est lancé sur un ton amical et blagueur : « on avait invité François Hollande et Nicolas Sarkozy pour venir débattre ici ce soir, mais ils ont été retenus à Paris pour un débat sur les grandes chaînes de télé ! ». Les échanges se sont poursuivis de manière polie, mais professionnelle. Le temps de parole de chacun était minuté, de manière à garantir la fameuse égalité. Les « jeunes » représentants des deux partis n’étaient pas nés de la dernière pluie et n’ont pas été choisis au hasard : ils ont soutenu leur candidat respectif avec enthousiasme et conviction. En bref, ils « savaient » parler et le débat a été efficace.

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de relever que l’agencement de la salle du bar n’était pas optimal. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, la disposition du panel sur scène n’était pas des plus agréables pour le public. La représentante de l’UMP était en effet dos à la salle et aux spectateurs… Les « habitués » le savent, la scène de l’atelier de l’artiste n’est pourtant pas si exiguë que cela et le matériel technique n’était pas placé entre les débatteurs et le public. Ce point n’est peut-être qu’un petit couac ? Un choix assumé pour faciliter la prise d’image sur le côté de l’estrade ? L’intervenante n’était peut-être pas très à l’aise pour faire face à un public rennais penchant majoritairement à gauche ? A vrai dire, je n’ai pas la réponse, n’étant pas dans les coulisses de l’organisation. En tout cas, c’était bien dommage pour le public assistant au débat ! Par contre, il est clair que les internautes suivant l’événement en live bénéficiaient quant à eux d’une vue optimale des échanges. Idem pour la vidéo en replay par voie de conséquence ; voyez par vous-même :

Filtre journalistique et participatif : renforcer la proximité médias / lecteurs

Ce débat a été diffusé en simultané sur les sites de RennesTV et du Mensuel de Rennes, ainsi que sur les ondes de Radio Campus Rennes et de Canal B. Et c’est inhabituel. À titre d’exemple, Le Mensuel de Rennes a incrusté sur son site la vidéo diffusée par RennesTV le temps du débat, un acte symbolique de l’alliance et de la collaboration entre ces médias locaux.

Le Mensuel RennesTV

L’ensemble des usagers de ces médias était visé par le dispositif, via un appel à discussion et à contribution sur les réseaux sociaux (hashtag : #GrandDébatRennes). Pour encourager cette dimension participative, la connectivité des médias organisateurs était réelle. La photo ci-dessous vous en donne un aperçu. Micros, table de mixage et enceintes, deux caméras et pas moins de trois ordinateurs, sans oublier les smartphones jamais bien loin.

Journalistes

En parallèle des pratiques de live-tweeting des spectateurs présents, les organisateurs ont donc également entrepris de dialoguer avec les internautes par chat, tweets, posts et commentaires Facebook, etc. C’est ici que la dimension simultanée a pris tout son sens, parce que les journalistes ont tenté de relayer les questions posées par les internautes sur Twitter. Le schéma est très intéressant à suivre parce qu’il révèle des oscillations entre le physique et le numérique : débat [physique] / simultané en ligne [numérique] / dialogue entre journalistes et internautes autour du débat [numérique] / écriture des questions sur papier transmis aux modérateurs du débat [physique] / relai des questions dans le débat [physique]. La consultation de quelques tweets tagués #GrandDébatRennes atteste de la dynamique amorcée entre les journalistes et leur public et de la vitalité des échanges. La démarche me paraît des plus prometteuses, surtout au vu des problématiques de désintermédiation et de défiance des lecteurs envers les médias.

Tweets

Les internautes étaient au rendez-vous, intéressés par la pratique. Il suffit de lire des tweets d’utilisateurs s’impatientant quelque peu du fait que leur question n’ait pas encore été posée (sur l’aéroport Notre-Dame-Des-Landes par exemple). Assez logiquement, le passage des questions aux modérateurs du débat dans la sphère physique se faisait au goutte-à-goutte, au rythme des contributions des internautes. La difficulté s’est alors posée du bon timing pour poser ces questions aux débatteurs. Celles-ci ont occupé une place sporadique dans le débat, principalement sur la fin des échanges, parce qu’elles n’étaient pas forcément connectées avec la trame des thèmes préparée par les journalistes.

Il est évidemment compréhensible que toutes les questions ne puissent pas être relayées pour des raisons de cohérence du débat et de temps. Mais j’ai le sentiment que ce type de débat d’un nouveau genre (en public, en live streaming et en replay) n’a pas encore rempli toutes ses promesses. Et je suis restée sur ma faim. Même en le visionnant en replay, j’ai conservé l’impression qu’il s’agissait d’un débat télévisuel plutôt classique (certes dans un bar rennais) mené de bout en bout par des journalistes. Ceux-ci n’ayant seulement fait acte d’ouverture qu’en intercalant une question d’internaute par-ci par-là, au fil des échanges.

Je m’interroge aussi sur la (non)implication des spectateurs présents pour assister au débat, que je trouve dommage. Les personnes présentes physiquement à l’atelier de l’artiste s’assimilaient au final bel et bien à un public assistant passivement, dans les coulisses d’un plateau, à une émission de télévision ou de radio retransmise en live. Ce point mérite à mon sens d’être réfléchi pour parvenir à encourager tout autant les interactions physiques et numériques entre médias et usagers. Sinon je me demande simplement pourquoi organiser un événement public si l’on ne donne la parole qu’aux internautes ? Le cliché reviendrait à imaginer qu’un spectateur doive se contenter d’un tweet pour poser une question … Et ce d’ailleurs sans garantie que celle-ci passe le filtre journalistique pour être posée.

Pourquoi j’en parle ? L’alliance de médias hyperlocaux pour produire ce type d’événements novateurs est à encourager et à suivre. Et puis ce genre de débat tranche avec les discussions que l’on entend habituellement en terrasse de bar.

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